« La Loire est une rivière Arrosant un pays Liger-Club de Paris Favorisé des cieux. Douce quand il lui plaît, Quand il lui plaît si fière Qu’à peine arrête-t-on Son cours impérieux. » Jean de La Fontaine, Relation de voyage en Limousin, 1663.
Cette rivière, continue le poète est « près de trois fois aussi large à Orléans que la Seine l’est à Paris… » ; Maurice Genevoix, confirme dans un autre style : « Ce n’est qu’une vallée, large d’une couple de lieues, trop large pour le fleuve, qui divague d’une lisière à l’autre… ». Et pourtant les récits des crues, comme celles de 1707, sont effrayants ; celles de 1711, puis de 1846, 1856, 1866, 1910, prouvent que, en dépit des aménagements, les levées peuvent céder de toutes parts et que ces phénomènes restent imprévisibles. Aussi, allons-nous présenter rapidement les conditions naturelles du bassin de la Loire, avant d’envisager tous les types d’aménagements, sur la durée, qui ont rendu le fleuve navigable, plus sécurisé et de ce fait, habitable ou viable économiquement.
I Le Bassin de la Loire
Le plus grand bassin hydrographique français : 11800 km2, soit 1/5e du territoire national. C’est aussi le seul bassin entièrement français, car la Seine, de par son affluent, l’Oise, coule sur11kms en territoire belge ! (Maubeuge, Charleroi). Tous ses affluents, sauf l’Arroux (qui rejoint la Loire par la dépression d’Autun, à Decize) et la Maine, (confluence Loir/Sarthe /Mayenne) qui se situent sur la rive droite, sont sur la rive gauche : L’Allier avec un débit de 140m3/seconde Le Cher…………..de 85m3/seconde L’Indre…………...de 22m3/seconde La Vienne………...de 210m3/seconde (en raison d’un apport de 100m3/seconde de la Creuse). La géologie (taches sombres sur la carte) montre qu’elle traverse les massifs anciens, Central et Armoricain, aux roches imperméables en partie responsables du débit élevé. La Loire proprement dite coule entre la plaine du Forez et les Ponts-de-Cé, sur des terrains sédimentaires. De ce fait, le fleuve se caractérise par des débits fantasques, dont la moyenne se situe autour de 860m3/seconde, en direction de l’Océan Atlantique, soit plus que la Garonne (640m 3 /seconde), mais moins que le Rhône (1800m3 /seconde) ou le Rhin (2200m3 /seconde). Le débit de la Loire peut varier de 1 à 120. Ainsi, durant la crue de décembre 1910 (celle de la Seine eut lieu en février de la même année), le débit atteignit 6000m3par seconde, pour redescendre en août à 48m3/seconde. De tous les fleuves français, c’est évidemment la Loire qui présente les variations de régime les plus importantes.
En conséquence, ce fleuve fut toujours considéré répulsif par les riverains, moins enclins à la poésie que les écrivains. Les crues déjà citées sont de deux origines :
-méditerranéenne : car le bassin supérieur du fleuve et celui de l’Allier sont sous l’influence du climat méditerranéen. Les régions du sud du Massif Central (Gerbier des Joncs) reçoivent des orages et des précipitations d’origine méditerranéenne à l’automne.
-océanique : les pluies venues de l’ouest, sont plus banales, mais à l’origine des crues les plus violentes. -la conjonction des deux pluviosités explique les crues du type de celle de mai-juin1856, où le fleuve
vit son débit passer à 9500m3 au bec d’Allier, en aval de Nevers (Apremont), et à 11000 m3 à Nantes. Ces débits élevés et imprévisibles, sans compter les embâcles et les débâcles, justifient le manque d’implantation de villes, de ponts, en bordure de Loire avant le Moyen Age. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles les routes de foires, en direction de la Flandre, passaient par le sillon rhodanien, la Champagne et non par la vallée de la Loire.
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Dès l’époque médiévale, le premier objectif des moines fut de corseter le fleuve. D’où les turcies, des digues en retrait du lit mineur et des terrains inondables, situées dans le lit majeur du fleuve. Du règne de François Ier à celui de Louis XV, ce furent près de 500 kms de turcies et de digues qui furent édifiées le long de la Loire. Mais à partir du milieu du XVIIIe siècle, les travaux d’envergure cessèrent et il fallut attendre le XIX° siècle, celui de la machine à vapeur, pour que se multiplient les ponts et les aménagements susceptibles d’éviter les crues meurtrières. Le débit de la crue de décembre 1910, 6000 m3 /seconde, ne fut jamais plus atteint et le débit moyen, en période de crue, se stabilisa autour de 4800 m3 /seconde maximum. Si au XIXe siècle, la technique consistait à réduire la quantité d’eau en circulation pendant les périodes de pluie et à alimenter le fleuve durant les étiages, grâce à des réservoirs de rétention. Au XXe siècle, le procédé le plus utilisé fut de construire des barrages sur le cours supérieur de la Loire et de ses affluents, afin de stocker l’eau. Le premier barrage de ce type fut celui de Naussac, sur le cours supérieur de l’Allier, près de Langogne. Ce barrage peut retenir 60 millions de m3 d’eau, provenant des précipitations orageuses méditerranéennes. Sur la Loire elle-même, deux grands barrages furent installés à Grangent (ouest de Saint-Etienne), avec une capacité de stockage de 100 millions de m3 et à Villerest (gorges de la Loire, au sud de Roanne), avec une retenue de 240 millions de m3. Puis ce fut le barrage réservoir de la Valette, à Chambon-sur-Lignon, dans le Velay (40 à 50 millions de m3) Des travaux furent également entrepris sur les affluents de la rive gauche de la Loire :
Pour la Vienne, le barrage réservoir du lac deVassivière, près de Limoges, 60 millions de m3
Sur la Creuse, le barrage d’Eguzon, 80 millions de m3
Sans compter les petits ouvrages sur les sous-affluents. Tous ces barrages, situés en amont du bassin constituent des retenues d’eau plus efficaces que les digues du temps passé. Aussi, depuis la dernière grande crue de 1910 le fleuve est-il maîtrisé hiver, comme été. En effet, en période d’étiage, grâce à des systèmes d’alerte, situés tous les 40/50 km, l’eau est relâchée en fonction des besoins, afin de sauvegarder la faune et la flore. Le barrage projeté sur le Cher, à Chambonchard, (sud de Montluçon, dans l’Allier), n’a pas vu le jour, suite à une polémique, entre les écologistes et l’EPALA (Etablissement public d’aménagement de la Loire), et fut abandonné en 1989 ; cette retenue n’aurait pas dépassé 11 millions de m3 et aurait été dévastatrice pour les poissons et la flore, dans la mesure où la vitesse du courant aurait sérieusement ralenti. Le projet a donc été abandonné, même si la ville de Tours le défendait pour se protéger des inondations. 2) Rendre la Loire navigable Jean de la Fontaine à Orléans : « De chaque côté du pont, on voit continuellement des barques qui sont à voiles. Les unes montent, les autres descendent, et comme le bord n’est pas si grand qu’à Paris, rien n’empêche qu’on ne les distingue toutes. On les compte, on remarque en quelle distance elles sont les unes des autres ; c’est ce qui fait une de ses beautés. En effet, ce serait dommage qu’une eau si pure fût entièrement couverte par des bateaux. ». Contrairement aux idées reçues, la navigation sur la Loire ne se fit pas par le halage, car les berges se situent à 150m du fleuve. Si le fleuve est naturellement navigable entre St Nazaire et Angers, les bancs de sable le rendent impraticable entre Les Ponts-de-Cé et Briare. Aussi y avait-il rupture de charge, au niveau de Nantes ou d’Ancenis, et transbordement sur des gabares pour remonter le cours de la Loire. Lorsque le fleuve fut rendu navigable, à la fin du XIXe siècle, il était trop tard pour qu’il fût rentable : les chemins de fer étaient passés par là. Le système des gabares fut d’ailleurs abandonné pendant la guerre de 1914 : de 6000 gabares avant-guerre, on passa à une flotte de 100-150 après le conflit. Dès les XVIIIe et XIXe siècles, pour faciliter la circulation, on créa des canaux, comme celui d’Orléans, entre St Jean de Braye et Montargis ; le canal de Briare, de Briare au Loing, mais les connections avec la Seine se révélèrent peu efficaces. Puis on tenta de relier la Loire au Rhône, par la Saône : c’est le canal du Centre, de Digoin à Châlons-sur-Saône, afin de desservir la région industrielle du Creusot et de Montceau-les-Mines. De là, on relia le canal de Briare à Digoin ; puis le canal de Digoin à Roanne ; enfin le canal du Berry au cours supérieur du Cher. Tout un réseau de canaux assez inorganisé et d’une efficacité modeste se mit en place, dans l’entre deux guerres et après 1945. Actuellement, on assiste à un regain d’intérêt pour ces voies de navigation à des fins touristiques.
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Les plages de Loire, en vogue dès 1880, furent fréquentées sous le Front Populaire, puis désertées depuis les années 1970, pour des raisons de sécurité et des facteurs écologiques. Mais depuis le début des années 1990, des gabares redescendent le fleuve et le tourisme fluvial se développe.
Une volonté des hommes qui remonte au temps : -des abbayes : Marmoutier près de Tours ; Saint Benoît sur Loire, en Orléanais, qui se distingue par une anecdote savoureuse rapportée par l’un des moines, le frère Anselme, dans le journal La Croix, le 1er août 2005. Ce vénérable de 83 ans vit dans la communauté depuis 1994 ; il évoque ses souvenirs, comme les baignades des moines les plus audacieux, qui traversaient la Loire à la nage dans les années 60, mais il fallait se méfier de la force du courant, à la hauteur de Guilly, juste en face, côté rive gauche. Or un jour l’un des frères fut si effrayé qu’il refusa de retourner à la nage et il dut faire le voyage en auto-stop, par le pont de Sully, en slip de bain, car ses habits étaient restés sur la rive droite ! En effet ajoute le frère, en raison du courant, à la hauteur de St Benoît, il n’y a pas de pont, et c’est la raison pour laquelle pendant la seconde guerre mondiale, le monastère et la cité n’ont pas été bombardés, contrairement à Sully et Châteauneuf-sur-Loire. Le dernier passeur qui reliait les deux rives est mort dans les années 1960 et n’a pas été remplacé. -des châteaux de la Loire, même si depuis une quinzaine d’années, leur fréquentation touristique est en léger déclin, en raison du manque de coordination entre les châteaux et par la faute des Ligériens, qui ne font pas assez de publicité sur leur patrimoine ! L’inscription du val de Loire au patrimoine mondial de l’humanité en novembre 2000 n’a pas entraîné les succès escomptés, aussi en mars 2002 a été créée la Mission Val de Loire, un syndicat mixte interrégional, mis en place par les régions Centre et pays de Loire, en partenariat avec l’Etat et les principales collectivités publiques pour coordonner et participer à la mise en œuvre de toutes les actions utiles à la valorisation du Val de Loire. -des habitations troglodytiques entre Blois et Tours ; Parnay et Saumur.
Mise en place du plan Messmer électronucléaire, après le 1er choc pétrolier en 1973.L’énergie électrique produite par une centrale électronucléaire est de 20 à 30 milliards de kwh, soit le 1/3 de la production hydroélectrique totale. Mais ce type de centrale sur fleuve, consomme 20m3 d’eau par seconde, non pour le refroidissement du réacteur, mais pour la production de vapeur d’eau. Tous les grands fleuves ont été mis à contribution :
La Seine : « petite » centrale de Nogent-sur-Seine (16milliards de kwh). Le Rhône : 4 grandes centrales. Le Rhin (Fessenheim). La Loire, avec 5 centrales, dont 4 sur la Loire proprement dite : Belleville (Neuvy-sur-Loire), en amont de Gien ; Dampierre, à Gien ; Saint Laurent les Eaux (Mer), Avoine (Chinon) et sur la Vienne : Civaux, au sud est de Poitiers et de Chauvigny. Le parc total des centrales nucléaires en France est de 25, mais la vallée de la Loire est à égalité avec la vallée du Rhône, ce qui n’est pas sans irriter les responsables du classement de la Loire au patrimoine mondial de l’UNESCO, même si quelques éoliennes commencent à fleurir en Beauce. Cette production électrique est redistribuée en dehors du val de Loire, et pour une grande part en direction de la région parisienne. La Loire est aussi un centre industriel de déconcentration des activités parisiennes : les ZI ont fleuri en territoire rural pour accueillir des activités très spécialisées dans la fabrication des cosmétiques et des médicaments : d’Orléans à Amboise on parle de la « Cosmetic Valley » ; que ce soient les parfums à Orléans, les crèmes du Dr Ricaud à Blois, les laboratoires Boiron à Montrichard, Pfizer à Amboise etc… Mais la concurrence de la mondialisation a aussi touché le Val de Loire et la tentative d’implanter une « Silicone Valley » à Boigny-sur-Bionne, au nord-est d’Orléans, s’est révélée sans lendemain. Le savoir heureux des gens de Loire : le vin, la production de grains, l’horticulture et les semences potagères. On peut donc conclure, que la Loire reste un fleuve dont l’histoire est liée à celle de la France, le cordon ombilical des Ligériens et, comme le dit Henri Guerlin, ( La Touraine, le Blésois, le Vendômois , publié en 1911), « si l’on vous demande quelle est la couleur de la Loire, est-elle bleue, verte ou blonde ? Nous autres qui la connaissons bien, nous savons que la Loire est aussi changeante dans sa couleur que dans ses humeurs ».
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